Histoires de Saltiques, premier prix livre auteur de Didier Von Tillmann

Publié le 08/09/2021 13:24
Histoires de Saltiques, premier prix livre auteur de Didier Von Tillmann

Interview de Didier Von Tillmannn réalisée par Jean Claude Perrinaud à propos du livre "Histoires de Saltiques" premier prix du livre auteur de la FPF 2021

Bonjour Didier et félicitations pour ce premier prix livre d’auteur au niveau national

La première chose qui m’interpelle est le titre : Que peuvent bien raconter des araignées ?

En ouvrant le livre on découvre naturellement des superbes photos de saltiques et des textes qui illustrent une série de photos. Au cours de cet interview tu vas nous dévoiler plus précisément la conception de ce livre.

 

JCP : Qu’as ressenti quand tu as appris la bonne nouvelle ?

DVT : Beaucoup de fierté. Réaliser un livre comme celui-ci demande plusieurs mois de travail. Il faut effectuer des recherches dans ses archives, créer de nouvelles photos. Il faut écrire un scénario puis regrouper les images en accord avec le scénario.

Un livre est différent d’un diaporama ou d’une série, c’est un objet à part entière qui peut participer à des compétitions. Et on peut aussi l’offrir, le vendre, c’est un objet qui reste.

Ce prix je l’ai déjà gagné avec « Regards de singes » et je suis peut-être le seul photographe à l’avoir gagné deux fois.

 

JCP : Qu’est-ce qui t’a amené à écrire ce livre ? Avais-tu un but précis ?

DVT Durant le confinement du printemps 2020 j’ai photographié des saltiques presque tous les jours. Au début de l’été, j’ai commencé à faire des regroupements avec mes archives et là est venue l’idée d’un livre. Le scénario – plusieurs histoires thématiques - s’est mis en place ensuite de manière naturelle. Mais je ne voulais pas un livre identifié « nature »

 

JCP : Pourquoi un livre sur des saltiques plutôt que d'autres araignées ?

DVT : les autres araignées sont trop statiques Elles fabriquent des toiles pour attraper leurs proies, alors que les saltiques sont toujours à l’affût, elles sont curieuses et se tournent souvent vers l’objectif, leurs gros yeux sont photogéniques

 

JCP : Chaque histoire associe une série d’images et un texte. La liaison entre les 2 est claire, mais certains textes sont très décalés si on se place d’un point de vue photos « nature ». Comment as-tu voulu relier tes textes aux photos ?

DVT : Il fallait que chaque histoire soit racontée photographiquement, que les photos s’enchaînent naturellement. Ensuite il fallait que les textes aident le lecteur à comprendre la série et vers où je voulais l’emmener. Un texte décalé comme « Vacances au bord de la mer » peut tout à fait convenir s’il répond à ce qu’on vient de dire plus haut.

Dans chaque série la couleur dominante est en accord avec le texte comme la série et le poème « Couleurs d’automne ». Parfois, pour créer une dynamique, je fais parler une saltique qui raconte sa vie.

Chacune des 6 séries correspond à une espèce différente

 

JCP : Ces photos sont-elles prises dans la nature ou bien en mini studio ? Par exemple dans l’histoire « Vacances au bord de la mer », je suppose que tu n’as pas photographié tes saltiques sur une plage. La couleur bleue m’intrigue. Peux-tu expliquer ?

DVT

La plupart des photos sont prises en studio intérieur : il est plus simple de canaliser les saltiques et de maîtriser l’environnement.

Les autres sont en studio extérieur, plus difficiles à réaliser car les conditions météorologiques peuvent vite devenir gênantes (le vent par exemple). De plus ces araignées portent bien leur nom : elles sautent beaucoup et on les perd souvent…

Pour simuler l’eau, le bord de la mer j’ai utilisé un miroir qui m’a permis d’exploiter le reflet du ciel bleu avec quelques grains de sable.

 

JCP : Les saltiques sont-elles faciles à photographier, quels sont les problèmes rencontrés liés à l’animal ?

DVT : C’est à la fois facile et difficile. Elles ont de belles attitudes, se tournent vers l’objectif, mais elles sautent donc il faut constamment les surveiller, les rattraper lorsqu’elles sortent du décor, les réinstaller. C’est sport !

 

JCP : Quels sont les pièges à éviter en macro ?
DVT : Il faut éviter de les photographier par-dessus, se mettre à leur hauteur donne plus de dynamique. Bien sûr un arrière-plan éloigné et dégagé embellit la photo

JCP : Les photos sont-elles recadrées ?
DVT : La plupart un peu car l’animal est très petit et j’utilise souvent des bagues allonges en plus de l’objectif macro.

JCP : Utilises-tu un flash ?
DVT oui un flash cobra avec un diffuseur. Je préfère aller au plus simple même si le flash cobra qui est un peu haut provoque quelques ombres.

 

JCP : Doit-on privilégier la vitesse ou l’ouverture ?

DVT J’utilise la vitesse de synchronisation du flash et je privilégie l’ouverture.

J’utilise un 105mm et je ne dépasse pas f13-f16 car aux diaphragmes très fermés on a des phénomènes de diffraction de la lumière qui nuisent à la qualité de l’image. Je parle là du diaphragme mécanique, car le diaphragme optique varie avec le tirage. Au grandissement 1 par exemple, le diaphragme mécanique f13 passe à f25 dans le viseur. C’est donc celui-ci qu’on va régler avec la molette. J’évite de dépasser f29.

 

JCP : Faut-il absolument avoir l’araignée entièrement nette ?
DVT : L’œil doit être net (comme pour les oiseaux, les humains). Il est impossible d’obtenir l’araignée nette d’un bout à l’autre quel que soit le diaphragme utilisé car la profondeur de champ est très faible même aux valeurs que je choisis.

JCP : La position de la saltique sur la photo est-elle importante ?

DVT : je ne centre jamais l’araignée pour créer plus de dynamisme

 

JCP : Quel objectif est le mieux adapté à de telles prises de vue ?

DVT : le 105 mm ou le 150 mm (macro obligatoirement) avec des bagues allonges si besoin.

 

JCP : Souhaites-tu finir par un conseil aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photo de très petits animaux et aussi dans la conception d’un livre

DVT : Il faut maîtriser son matériel de manière à être très réactif lors de la prise de vue. Si on doute tout le temps de ses réglages, alors on sera moins concentré sur le sujet. Il faut donc en faire beaucoup et analyser ses photos et demander à d’autres des conseils, des remarques.

Pour le livre il faut trouver l’idée par rapport à ses affinités, raconter une histoire et enfin trouver le cheminement.

 

JCP : Merci Didier pour ce partage, partage auquel tu tiens beaucoup dans le domaine de la photographie.